Le CREAS Atlantique a pour thématique la compréhension et la promotion de la culture scientifique, mathématique et technologique (SMT) à l’échelle des provinces de l’Atlantique. Par culture scientifique, technologique et mathématique, nous nous référons à la fois à la nature des communautés de recherche et des conventions qui régissent leurs travaux, et à la sensibilisation du public à l’incidence des activités d’ordre scientifique, technologique et mathématique sur le bien-être économique et social des citoyens de la région. Cette culture est mal représentée dans le vécu de plusieurs jeunes. Le problème ne se limite pas à une insuffisance de sciences dans le programme d’études scolaire, mais vient aussi de ce que les matières scientifiques, technologiques et mathématiques sont présentées dans les écoles d’un point de vue instrumental, généralement dissocié des considérations sociales, politiques et éthiques, et sans débats. De tels problèmes sont des plus sévères dans des régions plutôt rurales, non développées au plan économique telles qu’au Canada atlantique où le manque d’infrastructure technique et scientifique à l’extérieur des écoles permet peu d’exposer les étudiants à la culture scientifique, mathématique et technologique par le biais de tribunes autres que le programme scolaire standard.
Une des conséquences bien documentées de l’incapacité d’aborder la culture scientifique, un problème qui n’est d’aucune façon limité à la région Atlantique, c’est que l’intérêt des étudiants envers les sciences et les mathématiques s’estompe habituellement après les premières années scolaires. Une autre conséquence, c’est que moins d’étudiants choisissent des concentrations postsecondaires, et que les attitudes et les opinions au sujet des sciences et des mathématiques que partagent les étudiants et les parents sont façonnées autant par la culture populaire, les mass media et les arts de la scène que par l’apprentissage formel aux cours de science (Peacock, 2000; Schibeci et Lee, 2003; Solomon, 1996). Négliger la science en tant que culture peut conduire, parfois de manière tragique, à une confrontation des connaissances d’origine culturelle et locale avec les connaissances scientifiques et la culture qui lui correspond. La défaillance bien documentée des communications entre les pêcheurs et les scientifiques fédéraux des pêches qui a contribué à l’effondrement des stocks de morue de Terre-Neuve-et-Labrador au début des années 1990 est un exemple éloquent de ce dangereux problème. Finlayson (1994) a documenté comment, dans cet épisode, les scientifiques fédéraux chargés de gérer les stocks de poissons ont souvent délaissé l’information et la compréhension de ceux qui utilisaient la ressource dans la région, tandis qu’à leur tour, les usagers de la ressource se méfiaient des scientifiques et ne comprenaient pas suffisamment leurs méthodes et leurs visées pour pouvoir amorcer un dialogue avec eux. Le résultat en a été une tragédie environnementale et humaine ancrée dans un conflit de cultures, d’un genre malheureusement trop fréquent dans les épisodes à répétition de gestion des ressources et de prise de décision en matière de réglementation que doit vivre notre société technologique.
S’il faut préparer les étudiants à la citoyenneté dans un monde technologique, et si on veut que la réforme des sciences et des mathématiques à l’école touche plus que les seuls élèves d’élite, les enseignants, les chercheurs en éducation et ceux qui élaborent les politiques doivent saisir le fait que la culture scientifique et mathématique existe, et aborder la question de son rayonnement dans les écoles. Quoique cette compréhension limitée de la culture des sciences, des mathématiques et de la technologie ne soit pas exclusive aux provinces de l’Atlantique, la nature de l’économie de cette région axée sur les ressources en fait un laboratoire idéal pour étudier les effets et les répercussions d’une telle dépossession.